José
De l’ombre à la lumière, l’art comme renaissance
Sur un bateau, tu ne peux pas changer le sens du vent, mais tu peux toujours orienter ta voile..
Né dans les années 80 , j’ai grandi au rythme des mangas, du funk et du reggae, de l’émergence du hip-hop et des Free-party. La musique, le beatmaking, les Sound-System, les graffitis et les B-Boys aux grosses baskets, la danse… Tout ces mouvements portaient l’espoir de réécrire le système, en brisant les anciens codes par une culture underground.. One Nation!
Que ce soit à travers les poètes du hip-hop ou les Tribes avec leur micro-société des raves, un souffle de liberté animait cette génération qui voyait dans l'art et la culture une promesse de changement.
Après un parcours de vie en marge et de dérives dans les stupéfiants qui finira en drame, tout s’est écroulé. J’ai été incarcéré pendant huit années. Face à moi-même, j’ai trouvé un chemin de résilience, l’écriture et le dessin sont devenus mes refuges. Moi qui n'avais jamais ouvert un livre et gribouillé que quelques tags dans mes cahiers de cours étant adolescent , je me suis laissé emporter par l'écriture et le dessin. Avec l’aide d'un conseiller pénitentiaire, j’ai participé au journal de la prison, Un atelier animé par un écrivain renommé a été une révélation.. là où on demandait quelques lignes, je revenais avec deux pages pleines d'émotions. Le goût de l'écriture m'a envahi, bientôt suivi par le dessin, de petits personnages aux yeux fermés, pour décrire des attitudes et des émotions sans heurter les sensibilités religieuses de chacun. Cette année-là, le journal a compté près d'une cinquantaine de pages, du jamais-vu. Condamné dans un pays francophone avant d’être transféré en France pour finir ma peine, Là-bas, mes talents d’écriture et de traduction m’ont permis d’aider d’autres détenus qui ne parlaient pas français. Petit à petit, j'ai affiné mon style, Je créais encore et encore, poèmes, cartes d’anniversaire mêlant lettrages "block" et "B-Girls" aux yeux fermés pour les enfants de détenus, poèmes pour ceux qui, en silence, avaient encore besoin de dire "pardon" ou "je t’aime".
L’écriture et l’art sont devenus mes armes contre le temps, contre l’oubli, c'était ma bouée de sauvetage avec l'amour des miens.
En France, malgré les transferts incessants et les changements d’établissements, je n’ai jamais lâché, La semaine je travaillais et le week-end, c'était atelier dessin pour le bonheur de mes codétenus. Combien de cartes, de poèmes, de sourires créés ? Je ne compte plus..
Malgré la difficulté d’accéder aux activités en prison, j’ai toujours insisté pour participer aux ateliers, travailler et apprendre. Beaucoup renoncent face à la dureté du quotidien carcéral, mais j’ai voulu transformer cette épreuve en quelque chose de positif. Evidemment, l'accès aux activités est une bataille permanente, la surpopulation, le manque de moyens découragent beaucoup. Mais j’ai toujours persisté, convaincu qu’il était possible de faire de cette épreuve une renaissance. À force de persévérance, un de mes poèmes a traversé les murs et a été primé, après ma libération cette reconnaissance m’a ouvert les portes du ministère de la Culture.
C'est grâce aux associations et armée de bénévoles engagés qui œuvrent et font un travail remarquable en détention, cette bienveillance, d' une importance capitale à mes yeux, m'a profondément marqué et je leur en suis très reconnaissant. Dans cet univers carcéral où la violence domine on peut penser que l’érudition passe souvent pour une faiblesse mais il n'en ai rien, car beaucoup respectent celui qui cultive son esprit. Mon art a inspiré d'autres détenus, à l'abri des regards, J'ai vu des hommes durs déposer leur masque, juste un instant, pour confier un dessin, un texte, une émotion car il reste en chacun une part d'humanité et un besoin d'expression.
Je suis la preuve vivante qu'on peut tomber, s'égarer, mais aussi se relever, et faire de son histoire une force!
Avec ma compagne, nous avons fondé CREHAB 17, un espace dédié à la création artistique. Nous y travaillons à partir de matériaux récupérés, notamment des clichés de tampographie, un procédé de marquage utilisé dans l’industrie. Ces clichés, habituellement destinés à être jetés après une seule utilisation, présentent des couleurs, des textures et des traces uniques laissées par les dernières manipulations. Ces particularités leur donnent un caractère visuel singulier que nous intégrons dans nos œuvres. Les clichés peuvent être utilisés bruts ou retravaillés avec une finition en résine époxy. Nous réalisons également des peintures à l’acrylique sur ces supports ou sur du MDF, souvent elles aussi recouvertes de résine, pour créer des tableaux ou d'autres types de compositions. Nous attachons une grande importance à la qualité de nos créations, privilégiant des produits durables en collaborant au maximum avec des fournisseurs locaux.
Nous proposons aussi un espace "Textes et Poésie" afin de partager l'amour des mots ensemble et bien plus encore..
Cet art est la preuve que l'on peut faire de belles choses en détention lorsqu'on s'en donne les moyens, que la résilience passe par une remise en question totale et permanente, qu'il n'est jamais trop tard pour changer de voie et rendre fier les siens, créer des passions et des émotions positives chez les autres. Partager ensemble une vision d'espoir, la réinsertion par l'art..